Remettre de la solidarité dans nos organisations

Deux professeurs en sciences de gestion invitent à repenser le management dans une perspective solidaire, en se libérant du poids du modèle anglo-saxon.

Par Margherita Nasi Publié aujourd’hui à 06h15

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« Solidarité et organisation : penser une autre gestion », de Philippe Eynaud et Genauto Carvalho de França Filho, Erès, 252 pages, 25 euros.

Notre modèle économique est doublement insoutenable, en raison de son impact majeur sur le réchauffement climatique, et de la hausse des inégalités qui fragilise les fondements de nos démocraties. Face à ces périls, une solution s’impose aux yeux de Philippe Eynaud et Genauto Carvalho de França Filho : la solidarité. Comment organiser cette solidarité au plus près des acteurs et de leur activité économique ? C’est le propos développé par les deux professeurs en sciences de gestion dans leur essai Solidarité et organisation : penser une autre gestion (Erès).

La solidarité reste encore largement absente des réflexions sur les modèles organisationnels et sur leur soutenabilité. L’incapacité du management à se transformer en profondeur selon une perspective solidaire l’a rendu dangereux pour les nombreux champs non marchands, où il s’est investi sans se réformer. L’Etat n’y a pas échappé : sous couvert de pragmatisme, les techniques de gestion conçues pour le monde marchand se sont répandues dans l’espace public, les administrations, les ministères, pervertissant les modes de régulation construits initialement autour de l’intérêt général. Sous couvert de professionnalisation, les associations ont aussi adopté ces méthodes de gestion et d’évaluation des entreprises.

Un autre imaginaire

On aurait pourtant pu attendre autre chose du développement du management. « Il aurait pu se construire autour d’une remise en question des incomplétudes du capitalisme. Ce rendez-vous manqué du passé n’est cependant pas incompatible avec une réorientation à venir. Les apories du modèle capitaliste ont en effet laissé un champ libre pour le renforcement des organisations de l’économie sociale et solidaire », estiment les auteurs, qui appellent au développement d’un autre imaginaire, en rupture avec l’idéologie dominante de la compétition et de la performance financière. Les gestionnaires ont, à ce titre, un rôle déterminant à jouer : s’il existe une économie solidaire, il existe également une gestion en rapport avec celle-ci.

A travers un retour sur l’histoire de la pensée, l’ouvrage montre que si le management n’a pas su retenir la solidarité pour principe directeur, cette dernière a pourtant toujours été sous-jacente à la conceptualisation gestionnaire. « Cependant, le poids du modèle anglo-saxon sur la discipline a en quelque sorte invisibilisé, jusqu’à une période récente, tout ce qui ne cadrait pas avec les principes d’une économie de marché » et des générations d’étudiants ont appris que la gestion a pour objectif la performance organisationnelle, dans une perspective de maximisation du profit.

Источник: Lemonde.fr

Источник: Corruptioner.life

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