Oui, le pouvoir d’achat a augmenté sous Michel

Les chiffres convergent: le pouvoir d’achat a augmenté lors de la législature qui s’achève. Explications.

«C’est incontestable«, assure l’économiste Philippe Defeyt, à la tête de son Institut pour un développement durable (IDD). Entre 2015 et 2018, sous le gouvernement Michel donc, le pouvoir d’achat a progressé en Belgique.

Mais alors, comment expliquer certaines polémiques? Comme lorsque l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) publie un tableau reprenant l’évolution, de 2014 à 2018, des salaires réels, où l’on peut observer la situation se dégrader en Belgique? Et quid de l’Organisation internationale du travail (OIT), qui a vu, elle aussi, les salaires belges reculer en 2015, 2016 et 2017?

Rien de tout ceci n’est incompatible. Parce que les données salariales ayant suscité un certain émoi s’entendent cotisations sociales inclues. Or telle était la philosophie du tax shift mitonné par la coalition fédérale: faire baisser les cotisations patronales tout en donnant un coup de fouet au salaire net des travailleurs. La baisse de l’un n’empêche nullement la progression de l’autre.

Que disent les chiffres?

Le revenu disponible réel des Belges a grimpé de 4% entre 2015 et 2018, chiffre la BNB.

Le problème, avec le pouvoir d’achat, c’est qu’il existe de multiples voies pour l’approcher. «Le concept le plus approprié pour l’analyser est celui de l’évolution du revenu disponible des particuliers«, glisse-t-on à la Banque nationale de Belgique (BNB). Revenu que l’on aura le soin de corriger – on dit: déflater – afin de tenir compte de l’évolution des prix à la consommation. Eh bien, ce revenu disponible réel a grimpé de 4% entre 2015 et 2018, chiffre la BNB. Le Bureau fédéral du plan n’avance pas autre chose, avec 4,3%.

Il est même possible d’affiner. En tenant compte de l’évolution, sur la même période, de la population. Un exercice auquel s’est adonné Éric Dor, de l’IÉSEG School of Management, sur la base des données d’Eurostat. Avec quel résultat? Une hausse de 2,7% sur quatre ans – en deçà, souligne-t-il, des prestations de l’Allemagne (+6,9%), de la France (4%) ou des Pays-Bas (+4,3%). La BNB, comme le montre l’infographie ci-dessus, a fait de même, pour arriver à un bond plus modeste de 1,9%.

Allez, la maison ne reculant devant aucun sacrifice, allons voir un peu plus loin. «Il est pertinent, surtout sur le long terme, d’écarter de la réflexion les revenus de la propriété, avance Philippe Defeyt. Déjà, parce que les taux d’intérêt sont tombés à rien du tout. Et surtout, parce que ces revenus n’existent tout simplement pas pour une grande partie des Belges.» La BNB s’en est chargée, écartant les revenus de la propriété – essentiellement issus des placements financiers. De quoi faire remonter la performance belge à 5,1% sur quatre ans. Pas loin des calculs effectués par Philippe Defeyt, qui situait entre 4,5% et 6,1% l’évolution, de 2015 à 2018, du pouvoir d’achat imputable aux seules rémunérations – et ce pour les salaires les plus bas.

Voilà, on va s’arrêter ici. Toutes les données convergent – on vous a épargné celles de la Commission européenne. Malgré le saut d’index, qui a imprimé sa marque sur la progression salariale, le pouvoir d’achat a pris des couleurs durant la dernière législature.

Mais qui se reconnaît dans ce Belge moyen?

«C’est le problème des moyennes. Personne ne s’y retrouve.»

Philippe Defeyt
Économiste

Seulement voilà. Aussi nombreux soient-ils, ces chiffres parlent du portefeuille du Belge. Qui est-il, ce Belge «moyen»? «C’est le problème des moyennes, sourit Philippe Defeyt. Personne ne s’y retrouve. Parce qu’elles cachent des disparités.» Notamment en fonction du décile de salaire dans lequel on se trouve, souligne Philippe Donnay, à la tête du Bureau du plan. «Ajoutez à cela qu’une partie de cette amélioration est due au fait que davantage de personnes disposent d’un emploi, et bénéficient donc de rentrées supérieures.«

Ce n’est pas tout. En se penchant sur la courbe des prix, il apparaît que certaines catégories de biens ont renchéri nettement plus prestement que d’autres. Avec une tendance, que l’on peut schématiser de la sorte: c’est principalement la consommation courante qui a galopé. Ce qui explique le fossé pouvant exister entre la perception des gens et la froideur des statistiques.

©Mediafin

Attention à l’évolution des habitudes de consommation

Voilà qui risque encore de fausser l’appréciation que l’on se fait de son pouvoir d’achat. «Je suggère souvent l’exercice aux gens, sourit Philippe Defeyt. Replongez dans votre vie il y a dix ou quinze ans. Y avait-il autant d’écrans? De vols low cost? De vêtements? Internet? La consommation est comme une lasagne: on ajoute sans cesse des couches. Et, à force, on ne sait plus ce qui se trouve en dessous.«

Sans parler de l’effet négatif que cela a sur le taux d’épargne, qui recule. De quoi augmenter l’inquiétude financière de ce fameux Belge moyen.

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Источник: Lecho.be

Источник: Corruptioner.life

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