Montée des Pays-Bas au capital d’Air France-KLM : « L’Etat français, arroseur arrosé »

L’achat par le gouvernement néerlandais de près de 13 % du capital de la compagnie franco-néerlandaise révèle les fragilités qui vont affecter nos économies, explique, dans sa chronique, le journaliste économique du « Monde » Philippe Escande.

Publié aujourd’hui à 11h34, mis à jour à 11h39 Temps de Lecture 2 min.

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En 2003, à l’aéroport Schiphol d’Amsterdam.

Pertes & profits. Les Pays-Bas sont-ils en train de se convertir au colbertisme ? La terre d’accueil favorite des grands penseurs libres du XVIIe siècle, de Descartes à Spinoza, celle qui a inventé la Bourse et les multinationales, semble céder au charme du capitalisme d’Etat. Sans prévenir personne, ni l’Etat français ni le conseil d’administration, le gouvernement néerlandais a acheté, d’un coup, près de 13 % du capital d’Air France-KLM.

Objectif revendiqué par son ministre des finances, Wopke Hoekstra, « défendre les intérêts néerlandais et assurer le succès de KLM », semblant ainsi ignorer royalement que KLM était une filiale à 100 % du groupe Air France-KLM. Comme si l’Etat allemand décidait d’entrer au capital de PSA pour protéger les intérêts d’Opel. Quinze ans après le mariage annoncé en fanfare des deux compagnies, la fusion est loin d’être achevée. L’ambiance électrique frise la sécession à la catalane : puisque nous sommes plus riches que la maison mère, séparons-nous en.

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Trois fragilités

Finalement, cette affaire révèle en creux trois fragilités qui vont affecter durablement nos économies. La première est celle du libéralisme, dont les Pays-Bas sont supposés être le plus pur représentant. Par un étonnant renversement, Paris et La Haye se retrouvent sur des trajectoires opposées. La première a décidé de privatiser ses aéroports, quand la seconde, propriétaire à 100 % du hub de Schiphol, troisième plate-forme européenne, le couve avec tant de précaution qu’elle invoque sa protection pour justifier son entrée au capital de la compagnie aérienne. Partout, après trente ans de libéralisation, les nationalismes reviennent au galop. En Allemagne, en Italie et, bien sûr, aux Etats-Unis. Sans parler de la Chine, qui est en train de resserrer à l’extrême le contrôle sur ses entreprises.

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La deuxième fragilité est celle des alliances imparfaites. Au début des années 2000, elles ont été érigées en modèle, notamment par les Français, pour faire passer la pilule d’une fusion « entre égaux ». Les mariages sont moins douloureux, mais l’absence de vraie fusion fragilise l’édifice. On le constate avec Renault-Nissan, dont le principal ciment, Carlos Ghosn, croupit aujourd’hui dans une prison de Tokyo.

La troisième est celle de l’Europe et du rêve d’une politique industrielle communautaire. Si deux pays aussi proches que les Pays-Bas et la France sont incapables de se faire confiance, que dire du mariage entre Alstom et Siemens, promu à grands moulinets par les autorités des deux côtés du Rhin ! A la première décision douloureuse, la France serait immanquablement montée au créneau. Les Airbus en tout genre, du naval, du train ou des batteries ont du plomb dans l’aile, si les comportements n’évoluent pas.

Источник: Lemonde.fr

Источник: Corruptioner.life

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