Machines agricoles : les industriels de l’agroéquipement engagés dans une « course à l’armement »

La taille et la puissance des engins agricoles ne cessent d’augmenter, au même titre que la surface moyenne des exploitations. Un productivisme qu’accompagne un surendettement inquiétant.

Par Nicolas Legendre Publié aujourd’hui à 11h17

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Un tracteur du constructeur américain Case IH, au Salon international du machinisme agricole, à Villepinte (Seine-Saint-Denis), lundi 25 février.

Il pèse 14 tonnes – l’équivalent d’une dizaine de voitures de taille moyenne. Sous son capot : un moteur de près de 13 000 cm3 dégageant une puissance de 517 chevaux. Commercialisé par la marque allemande Fendt, ce tracteur est l’une des « vedettes » de l’édition 2019 du Salon international du machinisme agricole (Sima), qui se tient jusqu’au jeudi 28 février à Villepinte (Seine-Saint-Denis). Coût de l’engin : environ 350 000 euros, hors options. A titre de comparaison, les premiers tracteurs financièrement accessibles au paysan français « moyen », dont l’usage s’est généralisé après la seconde guerre mondiale, étaient équipés de moteurs développant entre 15 et 40 chevaux. Les paysans, à cette époque, vendaient trois ou quatre animaux de trait pour pouvoir acquérir une de ces machines.

Sept décennies ont passé, durant lesquelles les industriels de l’agroéquipement ont rivalisé d’innovations. Ils pulvérisent, d’année en année, leurs propres records en matière de puissance et de taille des outils. Au bénéfice des paysans, dont ils ont amélioré le confort de travail, mais aussi, à en croire certains acteurs de la profession, à leur détriment, puisqu’ils ont contribué à la diminution du nombre d’agriculteurs, à leur endettement et à leur dépendance à des acteurs extérieurs aux fermes.

Les tracteurs « mastodontes » – entre 250 et 500 chevaux – demeurent minoritaires sous les hangars français. Mais leur nombre augmente constamment. La puissance moyenne des tracteurs neufs immatriculés dans le pays suit une courbe ascendante. Elle est passée, selon l’Axema, syndicat des industriels de l’agroéquipement, de 109 à 141 chevaux entre 2000 et 2017. Le tracteur, outil emblématique, constitue, qui plus est, la partie émergée d’un vaste iceberg. L’évolution des gammes de semoirs, de remorques, de presses et d’outils de récolte répond à un même leitmotiv : toujours plus grand, toujours plus sophistiqué, toujours plus cher.

« Tant de paysans achètent du matériel high-tech dont ils n’ont pas besoin et, cinq ans après, mettent la clé sous la porte »

Cette « course à l’armement » a accompagné les mutations récentes de l’agriculture. Entre 1970 et 2013, selon les données de l’Agreste du ministère, la surface moyenne des fermes françaises a été multipliée par trois. Entre 1955 et 2018, la population active agricole a été divisée par six. Dans ce contexte, caractérisé par la prédominance du modèle productiviste, l’utilisation d’outils plus « performants » a été présentée comme inévitable. Objectif : effectuer plus de travail en moins de temps, avec moins de main-d’œuvre et plus de confort.

Источник: Lemonde.fr

Источник: Corruptioner.life

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