Le congrès des désillusions pour la CGT

Philippe Martinez a été réllu à la tête de la centrale syndicale, lors du 52e congrès confédéral, du 13 au 17 mai à Dijon. Mais il en sort affaibli et son opposition de l’aile gauche renforcée, note l’éditorialiste du « Monde », Michel Noblecourt.

Par Michel Noblecourt Publié aujourd’hui à 10h10, mis à jour à 10h12

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Quand un incendie gagne les écuries, il faut protéger le bâtiment principal. En ouvrant le 52congrès confédéral de la CGT, qui s’est tenu du 13 au 17 mai à Dijon, Philippe Martinez était conscient de l’état critique de sa centrale : des effectifs en chute libre, la perte de la première place syndicale tous secteurs confondus, l’échec d’une stratégie consistant à multiplier les journées d’action sans écho et sans résultat. « Si on ne fait rien, avait-il reconnu, je suis inquiet pour mon organisation. » Des signes de déliquescence que, par contraste, le mouvement des « gilets jaunes » a mis en lumière.

La CGT avait besoin d’urgence d’un électrochoc, d’un sursaut pour tenter de remonter la pente. Mais pendant cinq jours, les 938 délégués ont joué les pompiers pyromanes et brûlé la maison sans que M. Martinez ait cherché à éteindre le feu. Le congrès s’est achevé, le 17 mai, aux sons de La Marseillaise et de L’Internationale. Le secrétaire général, réélu pour un nouveau mandat de trois ans, a, enfin, eu droit à une standing ovation, tandis que celles et ceux qui ont quitté les instances dirigeantes – une commission exécutive de 60 membres et un bureau confédéral de 12 membres –, désormais paritaires, n’ont pas eu droit au traditionnel salut fraternel. Dijon a été le congrès des désillusions.

Dans son discours d’introduction, le 13 mai, M. Martinez avait donné des gages d’ouverture. Sachant qu’il allait être confronté à une offensive de ceux qui, à son aile gauche, militent pour un retour à la Fédération syndicale mondiale (FSM), l’Internationale syndicale communiste que la CGT a quittée en 1995, il avait souligné que sa centrale se sentait « à l’aise » dans ses affiliations européennes et internationales, tout en recherchant « le contact et l’unité avec le plus grand nombre d’organisations syndicales ». Il avait affirmé que la CGT n’entendait être ni « une avant-garde, même éclairée », ni « une sorte d’élite syndicale », faisant un petit pas en direction du « syndicalisme rassemblé » cher à son prédécesseur Louis Viannet. Tout en jugeant que le « fossé se creuse » avec la CFDT sur la conception du syndicalisme, il avait invité ses camarades à ne pas invectiver sa rivale.

Revers et camouflets

M. Martinez avait fait de l’adaptation des structures de la CGT – évoquée à chaque congrès et aussitôt abandonnée – un « chantier prioritaire », en proposant un renforcement du rôle des comités régionaux, « une goutte d’eau par rapport aux évolutions nécessaires ». Enfin, il avait aussi anticipé la bataille qui allait être menée, comme un rituel, par son extrême gauche en faveur d’une « grève générale » et d’un « blocage de l’économie ». « On peut crier haut et fort grève générale, avait-il prévenu, mais posons-nous d’abord et surtout la question de l’absence dans les actions professionnelles ou interprofessionnelles d’une partie importante de nos syndiqués. » Une série de constats lucides.

Источник: Lemonde.fr

Источник: Corruptioner.life

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