Festival de Cannes 2019 : pour Fabrice Luchini « la politique est une névrose très mystérieuse »

La gauche, la droite, le trotskisme, Sarkozy, Hollande, Macron… Confidences du comédien qui campe un élu socialiste en panne d’idées dans « Alice et le Maire » de Nicolas Pariser.

Par Laurent Carpentier Publié aujourd’hui à 23h50

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Fabrice Luchini, acteur dans le film de Nicolas Parisier « Alice et le Maire » à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes, le 18 mai.

Rencontre.

« Les politiques, c’est une doxa de penser qu’ils sont corrompus. Un truc poujadiste de dire que c’est des saloperies. Ce n’est pas vrai. Moi je les ai approchés. Quatre présidents de la République. Mais ce sont des énigmes. Ils ont une névrose très mystérieuse… » Dans l’excellent Alice et le maire de Nicolas Pariser, Fabrice Luchini est Paul Théraneau, un élu socialiste, qui, à la tête d’une ville française depuis trente ans (en l’occurrence, Lyon), essaye de retrouver le goût du combat. « Freud disait de ces gens-là qu’ils ont dû être très malheureux dans l’enfance… Parce que, quand même, poursuit le comédien, ils ne lisent pas Saint-François-de-Sales, Introduction à la vie dévote, ou Schopenhauer. Ils sont juste face à un danger qui est d’abandonner la fraternité des humains. Pour gagner le pouvoir, le garder, le garder. »

Lire aussi la critique de « Alice et le maire » : Un conte rohmérien dans l’arène politique

Sur l’écran, Fabrice Luchini se glisse si bien dans le personnage qu’à la fin de la projection à La Quinzaine des réalisateurs, un spectateur s’exclamera qu’il ferait un excellent maire ! Il s’en amuse, cet anarchiste, fan de Péguy comme de Céline, de Philippe Muray comme de Guy Debord : « Je suis très opposé à la pensée progressiste de ce maire. Je ne peux pas être de gauche pour une histoire toute simple : je viens de faire 450 km sur la route. Et le comportement des automobilistes à lui seul me castrerait toute velléité de croire en l’humanité. Je ne vois pas pourquoi je serai socialiste pour essayer de me sentir fraternel. »

Courtisé à gauche comme à droite

La politique ? Que dalle. Son truc, c’est le texte. En l’occurrence un scénario écrit pour lui par Nicolas Pariser (« Ah je ne savais pas ») et, comme il l’explique, « charpenté, structuré, qui n’a nécessité que deux prises à chaque fois. Il y a des gens qui posent des questions absurdes :Est-ce que vous avez observé Gérard Collomb pour travailler votre rôle ?Qu’est-ce que j’en ai à foutre, moi, de Gérard Collomb ? » C’est le texte qui me met en scène, rien d’autre. Il y a des respirations, des rythmes, des sensations, et après, va naître une identité dont je ne m’occupe pas. »

« La droite est bête car elle est pessimiste, parce qu’elle ne croit jamais à l’élan lyrique, mais la gauche est bête parce qu’elle ne connaît rien à la nature humaine »

Источник: Lemonde.fr

Источник: Corruptioner.life

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