Des « taux d’intérêt durablement bas » sont une fausse bonne nouvelle

L’effet pervers survient quand l’argent gratuit s’installe comme nouveau régime de croisière, en dehors de toute justification de situation de crise, juge Didier Saint-Georges, membre du comité d’investissement de Carmignac.

Publié aujourd’hui à 05h45 Temps de Lecture 3 min.

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Des taux bas constituent l’aveu d’un certain pessimisme.

Le mauvais côté de taux d’intérêts durablement bas ne va pas de soi. Après avoir reconnu les vertus d’un coût de financement plus faible pour les particuliers, comme pour les entreprises, qui rendent plus aisés les investissements, l’accession à la propriété ou le crédit à la consommation, l’analyse critique de taux bas, qui augmentent le pouvoir d’achat, doit remonter toute la pente du bon sens apparent.

En allant du plus simple au plus sournois, on remarquera d’abord que des taux bas constituent l’aveu d’un certain pessimisme. En effet, si les banques centrales maintiennent des taux directeurs très bas, c’est précisément parce qu’elles jugent que l’investissement et la consommation en ont besoin.

De même, si les taux longs sont à un niveau très bas – niveau qui, davantage que pour les taux courts, résulte de l’équilibre naturel entre offre et demande des opérateurs de marché (sauf quand les banques centrales s’en mêlent, comme elles le firent pendant les années de « programmes d’achat d’actifs ») –, c’est qu’il n’y a probablement pas suffisamment de projets d’investissements de long terme pour faire monter le coût de leur financement.

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Dernière explication : si les taux courts ont peu de chance de monter au vu de la faiblesse de l’économie et de l’inflation, s’engager sur des financements à long terme n’est pas nécessaire, sauf à des taux très bas.

Ce pessimisme, qu’il soit justifié ou pas, est au moins partiellement auto-réalisateur, particulièrement en Europe. Car l’activité économique du Vieux Continent dépend très directement du soutien de ses banques, au contraire des Etats-Unis où les entreprises, même de taille moyenne, peuvent se tourner bien davantage vers les marchés de capitaux pour se financer. Or la capacité bénéficiaire des banques européennes est triplement pénalisée par des taux bas.

Marge de « transformation »

D’abord les taux bas rendent les marges sur prêts très visibles et donc plus difficiles à faire accepter aux clients. Ensuite, l’activité traditionnelle d’une banque commerciale consiste pour une bonne part à se financer à court terme pour prêter à plus long terme à des taux plus élevés, dégageant ainsi une marge de « transformation ». Si les taux longs sont aussi bas que les taux courts (voire encore plus bas), alors l’activité de transformation ne dégage plus de marges. C’est le problème principal des « courbes de taux » très plates.

A vouloir rendre le crédit bon marché, les banques centrales pénalisent en réalité le potentiel de croissance à moyen terme, et donc l’emploi

Источник: Lemonde.fr

Источник: Corruptioner.life

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