« D’après notre modèle, le marché financier réel n’est pas très loin du point critique »

Pour Michael Benzaquen, titulaire d’une nouvelle chaire à Polytechnique consacrée à l’éconophysique, s’appuyer sur les lois de la physique permet de cerner celles de l’économie.

Propos recueillis par Florence Rosier Publié aujourd’hui à 18h00

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Connaissez-vous l’éconophysique ? Le 18 février, une chaire consacrée à cette discipline intrigante était lancée par l’Ecole polytechnique, avec la société Capital Fund Management (CFM) de gestion de portefeuilles. L’éconophysique, ou comment comprendre la dynamique des systèmes économiques en s’aidant de la démarche des physiciens, experts des systèmes complexes.

Pour mieux saisir cette approche, revenons trente ans en arrière. Le 19 octobre 1987, la Bourse de New York subissait le pire krach de son histoire. « L’indice Dow Jones a chuté de 22,6 %, remettant brutalement en cause plusieurs dogmes de l’économie et de la finance théoriques », raconte Jean-Philippe Bouchaud, physicien, président et directeur de la recherche de CFM – un des pionniers de l’éconophysique. Fait stupéfiant : hormis le fameux krach, ce jour funeste n’a été marqué par aucun événement notable. La nature apparemment endogène de cet effondrement « heurtait de plein fouet le mythe des “marchés efficients” », c’est-à-dire rationnels. Par contraste, « elle résonnait avec la phénoménologie des systèmes complexes étudiés par les physiciens ».

Ironie de l’histoire, quelques semaines plus tôt se tenait une singulière rencontre au sommet. A l’invitation de deux experts de renom, l’économiste Kenneth Arrow et le physicien Philip Anderson, elle réunissait à Santa Fe (Etats-Unis) un petit noyau d’économistes, de physiciens, de biologistes et d’informaticiens. « On fait souvent remonter la naissance de l’éconophysique à cette conférence de 1987 », dit Jean-Philippe Bouchaud.

Les progrès spectaculaires réalisés dans la physique des systèmes complexes (fluides turbulents, verres de spin…), depuis les années 1970, se prêtaient au rapprochement de l’économie et de la physique, qui semble connaître aujourd’hui un succès grandissant. Rencontre avec Michael Benzaquen, directeur de cette nouvelle chaire, chercheur CNRS au Laboratoire d’hydrodynamique de l’Ecole polytechnique, où il est aussi professeur affilié au département d’économie.

Pourquoi est-ce le « bon moment » pour lancer cette chaire ?

En éconophysique, la réalité est d’abord retranscrite en modèles mathématiques. Ces modèles conduisent à des prédictions qui sont ensuite confrontées à la réalité. Aujourd’hui, les données massives issues des marchés financiers nous offrent un terrain de jeu d’une puissance et d’une précision inégalées pour tester ces modèles. Les rapprochements féconds entre économistes et physiciens germent d’ailleurs un peu partout, notamment en Italie et au Royaume-Uni. Et cette approche attire de nombreux étudiants.

Источник: Lemonde.fr

Источник: Corruptioner.life

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